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L’édifice gothique

Le chœur

Réalisation géniale d’un architecte resté anonyme, le chœur d’Auxerre est une œuvre encore trop méconnue du public.
Ses caractéristiques répondent bien à ce souci de Guillaume de Seignelay qui, selon la chronique, souhaitait élever un édifice « d’un nouveau genre, rajeuni et plus élégant ».
En effet, équilibre des volumes, légèreté de la structure et importance de la lumière caractérisent cette partie de la cathédrale.
Loin du gigantisme de ses aînées (Chartres, Bourges) ou de ses sœurs (Reims, Amiens), Saint-Etienne d’Auxerre se développe sur un plan très simple: abside de faible ampleur, déambulatoire simple sans chapelle rayonnante, chapelle unique dans l’axe.
La hauteur sous voûte (30m) reste volontairement modérée (35m à Paris, 37m à Chartres).
L’équilibre hauteur-largeur est idéal, souligné par une élévation tripartite dynamique, reprise de Chartres : grandes arcades étirées, puis triforium (étroit passage à arcature) élancé à fines et élégantes colonnettes, hautes baies enfin, presque entièrement occupées par les verrières à deux lancettes surmontées d’une rose.
Mais c’est surtout dans le traitement audacieux des murs et des structures que réside le génie de l’architecte : tant dans le déambulatoire que dans les niveaux supérieurs, le mur est rejeté en arrière et donc dissocié de la structure porteuse (bases, colonnes, colonnettes) qui reçoit les retombées des ogives de la voûte.
Cette fine ossature, ainsi mise en avant, imprime à tout l’édifice élégance et légèreté.
Les fines colonnettes montent sans interruption des chapiteaux des piles jusqu’à la naissance des voûtes, imprimant à l’ensemble architectural un élan vertical qui fait oublier sa faible hauteur.
L’absence de chapelles rayonnantes dans le déambulatoire rend possible la réalisation d’un véritable « mur de lumière » continu qui enserre chœur et sanctuaire ; les passages de lumière ménagés entre les piles et le mur disposé en arrière, les baies hautes dont les vitraux à deux lancette et rose, inspirées du modèle de Chartres, tout ici contribue à une plus large diffusion d’une luminosité colorée qui, chaque matin, inonde l’édifice, à l’image du « Dieu Lumière », figure centrale de la pensée et de l’art gothique.

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Le choeur gothique XIIIe siècle

La façade occidentale

Fort mutilés, non par la Révolution comme on le croit souvent, mais par le sac protestant de 1567, et dégradés par la pollution moderne, les portails occidentaux conservent cependant une grande partie de leur riche iconographie ; celle-ci développe, au nord, puis au sud et enfin au centre, les principaux épisodes d’une histoire qui dit en images le plan de Dieu envers les hommes.

 

Le portail nord
Au niveau inférieur du portail nord, les superbes bas-reliefs de la Genèse (création du monde) disent, par la qualité plastique des figures animales, végétales et humaines qui s’y développent, la splendeur du monde originel ; mais le péché originel corrompt l’œuvre divine. Cependant, la superbe arche de Noé illustre le salut que Dieu apporte aux hommes. Au tympan, le Christ couronne la Vierge, qui a racheté le péché originel.

 

Le portail sud
L’opposition péché / Salut, qui marque l’Ecriture sainte, se répète au portail sud : figure emblématique du peuple hébreux, peuple élu de Dieu, le roi David s’éloigne des commandements divins en épousant la belle Bethsabée, femme de son général qu’il a envoyé se faire tuer au combat (bas-reliefs de droite puis de gauche).
Mais, au niveau supérieur, le tympan rappelle que Dieu ne renonce pas au salut de l’Homme : c’est l’annonce de la venue du Messie en la figure du Précurseur, le prophète Jean le Baptiste. Au centre du tympan, le baptême du Christ au Jourdain rappelle que le baptême régénère le genre humain et lui ouvre la voie de la vie éternelle en Dieu.
Au-dessus, le banquet d’Hérode et la danse de Salomé annoncent la fin tragique du prophète précurseur.
Plaqué sur le mur latéral, le monumental haut-relief du jugement de Salomon, fils de David, préfigure symboliquement le Souverain Juge trônant au tympan du grand portail central.

 

Le portail central : une synthèse de l’Histoire du Salut
Si le portail nord est celui du temps des origines, et le portail sud celui de l’Incarnation, celui du centre annonce le temps à venir, ou plutôt la fin des temps, avec la parousie du Christ : au tympan siège un Christ de gloire en majesté entouré de la Vierge et de saint Jean, figures douloureuses du Golgotha.
Au linteau, sous ses pieds qui reposent sur le globe, figure de l’univers, se déroule le jugement dernier. Contrairement à la tradition, la scène de l’enfer, qui apparaît ici sous forme de la gueule ouverte du monstre Léviathan, se situe à gauche, donc à la droite du Christ Juge.
Mais en attendant cette fin de l’histoire, l’Eglise poursuit la mission qu’elle a reçue du Messie. Aux voussures se développent de multiples épisodes de la vie des apôtres évangélisant le monde.
Au niveau inférieur, le bas-relief de droite est consacré à la parabole évangélique de l’Enfant Prodigue à qui son père pardonne les fautes, à l’instar du pécheur qui se convertit en vérité. Placée contre le portail d’entrée, cette parabole invite le fidèle à passer de l’extérieur (le monde et son péché) à l’intérieur ( la « Maison du Père ») de l’église.
Aux jambages de la grande porte, figurent les Vierges Sages (à gauche, donc à la droite du Christ) et Vierges Folles (à droite, donc à la gauche du Christ) ; elles rappellent aux fidèles que seuls celles et ceux qui se seront préparés à la venue du divin Epoux et auront maintenu allumée la lampe de la foi accèderont à la vie éternelle.

 

La nef et les transeptsHistoire d’un long achèvement

La nef

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La nef

Elevés par étapes entre la fin du XIIIe et le début du XVe siècle, la nef et les bas-côtés s’inscrivent dans la ligne du parti du chœur : continuité du plan et maintien de l’élévation tripartite ; cela assure, au-delà des différences chronologiques et stylistiques, l’unité d’ensemble de l’édifice gothique. L’absence de chapiteaux aux piliers et la ligne des fines colonnettes s’élevant d’un trait jusqu’aux voûtes sont les marques du gothique rayonnant. Moins haut et plus massif que celui du chœur, le triforium laisse la plus grande place possible aux imposantes baies hautes entièrement remplies de vastes verrières du XVIe siècle.

 

Le transept sud
C’est aussi le gothique rayonnant (première moitié du XIVe siècle) qui se développe au transept sud, tant par son décor intérieur de réseau de moulures géométriques que par le jeu des remplages (ossature de pierre) en forme de soleil de sa grande rose. A l’extérieur, le tympan développe sur quatre niveaux le récit du martyre de saint Etienne, patron de la cathédrale et de la ville ; c’est le transept des chanoines, maîtres des lieux ; il donnait accès au bâtiment du chapitre.
Disparue, la statue du saint devait orner le trumeau (pilier central) du portail.

croisee-transept-import La croisée du transept

Le transept nord
Bâti plus tardivement (XVe siècle), le transept nord est de style flamboyant ; c’est celui de l’évêque dont le palais se situe de ce côté-ci. L’iconographie du portail est d’ailleurs consacrée aux saints évêques d’Auxerre, en particulier Pèlerin et Amâtre, et surtout saint Germain, dont la vie et les miracles occupent le tympan. C’est la statue de saint Germain qui devait jadis orner le trumeau (pilier central) du portail. Le transept fait d’ailleurs face à l’abbaye qui conserve le corps du grand saint.

 

L’unité du programme iconographique : De la genèse à l’avènement du Christ

C’est donc toute l’Histoire sainte qui se trouve ainsi résumée, par alternance entre chute et salut, par jeu de renvoi entre Ancien et Nouveau Testaments ; l’Ecriture se prolonge avec la vie de la communauté chrétienne, depuis les premiers Chrétiens de Palestine, fondateurs de l’Eglise universelle, et dont le diacre protomartyr (premier martyr historique) Etienne est l’une des plus illustres figures, jusqu’à l’Eglise locale, celle d’Auxerre, qui en est le prolongement historique et géographique, en la personne de ses saints évêques et du plus célèbre d’entre eux, Germain.

Au-delà des distances et du temps, c’est l’unité de l’Eglise qu’illustraient les grandes statues d’apôtres et de saints autrefois logées dans les grandes niches latérales des portails de la façade occidentale. Détruites en 1567, elles avaient été partiellement remplacées au XVIIe siècles, puis disparurent définitivement à la Révolution.

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Le déambulatoire nord XIIIe siècle