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L’édifice et le quartier cloître cathédral

L’édifice et le quartier cloître cathédral

Telle que nous l’admirons aujourd’hui, la cathédrale est le résultat d’une longue suite de campagnes de construction qui s’échelonnèrent sur près de quatre siècles. Parce qu’il est indispensable à l’activité liturgique, le chœur fut bâti en premier, comme partout ailleurs, et ce, en très peu de temps. Le reste de l’édifice fut ensuite progressivement réalisé, en fonction des finances disponibles et des évènements politiques. Chantier permanent depuis 1215, Saint-Étienne d’Auxerre reste cependant un édifice inachevé.

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Les phases de construction du XIIIe au XVIe siècle

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Première moitié du XIIIe siècle

  • Vers 1215: début des travaux du chœur. L’ancien chœur roman est entièrement détruit en 1217, après effondrement des deux tours qui le flanquaient, le dimanche de la Trinité 1217.
  • Achèvement probable du chœur et amorce des deux bras du transept sous l’épiscopat du successeur de Guillaume, Henri de Villeneuve (1220-1234). C’est à cette époque que sont mises en place les premières verrières du chœur ; ce dernier programme semble achevé vers 1250.

Deuxième moitié du XIIIe – début du XIVe siècle

  • Premier niveau de la façade occidentale et mise en place des trois portails sculptés, sud, puis centre et enfin nord.

XIVe siècle

  • Elévation du croisillon sud du transept, avec son tympan sculpté (vers 1320).
  • Elévation de la nef dans les années 1320-1350 ainsi que des bas-côtés et des chapelles latérales ; mais les vicissitudes liées à la guerre de Cent Ans retardent le chantier (bas-côté sud achevé vers 1378).

XVe siècle

  • Voûtement et vitrage partiels de la nef.
  • Poursuite du croisillon nord du transept, avec son tympan (vers 1415).
  • Poursuite des travaux de la tour nord.

XVIe siècle

  • Achèvement des croisillons et de la façade ouest (grandes roses vitrées, 1528-1550).
  • Achèvement de la façade (grand pignon) et de la tour nord (1513-1530) et lanternon Renaissance du sommet de celle-ci (1543).
  • Faute d’argent, la tour sud ne sera jamais terminée (interruption à l’amorce du troisième niveau, vers 1515).

 

Un édifice inachevé

Le parti d’origine prévoyait une façade «harmonique» classique : correspondant à la nef, le portail central, surmonté de sa grande rose devait être encadré de deux petits portails correspondant aux bas-côtés et surmontés chacun d’une tour. Seule la tour nord fut achevée, vers 1545.

La tour sud ne dépassa jamais plus l’amorce du troisième niveau entamé au XVe siècle.

Les finances de la cathédrale avaient été mises à mal pendant les guerres de la fin du Moyen Age.

La paix retrouvée et les revenus lentement reconstitués auraient pu permettre de relancer les travaux mais le chapitre préféra, au début du XVIe siècle, financer la construction de la chapelle Notre-Dame-des-Vertus.

Les guerres de religion et les restaurations de l’édifice rendues nécessaires à la suite du sac protestant de 1567 absorbèrent ensuite les capacités du chapitre, comme le firent les travaux destinés à moderniser le chœur et le sanctuaire au XVIIIe siècle.

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Les arches

 

Le quartier du « cloître cathédral »

Aujourd’hui superbe monument isolé au sein de la ville actuelle, Saint-Etienne était jadis le cœur d’une ville dans la ville, d’une ville d’Eglise dans la cité : le « quartier cathédral », dont la plupart des éléments ont disparu à la Révolution.

Résidence de l’évêque et siège de son administration, le palais épiscopal d’Auxerre a heureusement survécu. C’est aujourd’hui la préfecture de l’Yonne.

Transformé au cours de siècles, il conserve cependant de magnifiques éléments de son passé médiéval, en particulier la célèbre galerie-promenoir romane, à l’élégante arcature composée de dix-huit baies plein cintres finement sculptées, réalisée sous l’épiscopat d’Hugues de Montaigu (1115-1136).

C’est à Guy de Mello (1247-1269) que l’on doit la belle salle synodale visible de la place de la préfecture.

L’ancienne entrée monumentale de l’évêché, de style Renaissance italienne, fut érigée en 1551 par François II de Dinteville (1530-1554) qui avait longtemps séjourné à Rome.

Ont cependant disparu les autres édifices religieux du groupe : la petite église-collégiale « Notre-Dame-de-la-Cité » et celle dite « Saint-Jean-le-Rond », à l’origine probablement baptistère cathédral, toutes deux situées immédiatement au nord de Saint-Etienne. Au sud, s’élevait jadis l’église Saint-Pierre-en-Château (dans le castrum), paroisse des habitants du quartier.

Si de nombreuses maisons canoniales (de chanoines) des XVIe-XVIIIe siècles ornent la place Saint-Etienne, les bâtiments communautaires du chapitre, situés au sud de la cathédrale (actuelle place Abbé-Deschamps) ont pour la plupart été démolis ou transformés. Il en subsiste la chapelle Saint-Clément-Saint-Michel, la salle capitulaire (de réunion du chapitre) et le cellier (bâtiments non visitables).

A la fois topographique et juridique, le terme de « cloître » recouvre celui de « quartier cathédral » et désigne en réalité l’espace « clos » sur lequel le chapitre de Saint-Etienne exerce, conjointement avec l’évêque, sa juridiction administrative, fiscale et judiciaire.

Des portes monumentales, dites « pendantes », marquaient l’entrée dans le quartier à partir des principales rues qui y menaient. Ce territoire d’Eglise représentait la moitié orientale de la cité définie par ses murailles antiques (castrum), l’autre partie, à l’ouest, étant placée sous la juridiction civile du comte d’Auxerre, dont le château occupait approximativement l’emplacement de l’actuel Hôtel de Ville.

Les édifices successifs (IVe – XVIe siècle)

Si bien des doutes demeurent quant à la localisation de l’édifice d’origine, il est cependant à peu près assuré que la tradition qui, depuis le XVIe siècle, fait de l’église Saint-Pèlerin (aujourd’hui Temple Réformé) la cathédrale primitive n’est pas recevable.

La chronique des évêques d’Auxerre précise seulement que saint Amatre (vers 386-418) fit bâtir une nouvelle église, plus vaste que la précédente devenue exiguë, à l’emplacement de l’actuel édifice. C’est cette construction, sans cesse embellie, qui disparut lors d’un incendie à la fin du IXe siècle.

C’est aussi un incendie qui ravagea en 1023 la cathédrale érigée sous l’épiscopat d’Hérifried (887-909), ainsi qu’une grande partie de la cité.

De la cathédrale romane édifiée alors par Hugues de Châlon, nous savons par la chronique que son chœur, flanqué de deux tours, reposait sur une crypte qui lui servait de soubassement en raison de la pente du terrain vers l’Yonne. C’est cette même crypte romane, conservée de nos jours, qui soutient aujourd’hui le chœur de l’édifice gothique.

 

La cathédrale romane (XIe siècle)

L’événement rapporté par les Gestas Pontificum se déroule en 1023, sous l’épiscopat d’Hugues de Châlon (999-1039) :

« Au temps de cet évêque, la cité d’Auxerre brûla de façon fatale lors d’un incendie (…) La principale église, du nom de Saint-Etienne (…) s’effondra entièrement.
Aussitôt après ce désastre, l’évêque commença de la reconstruire en totalité, en lui donnant une plus grande surface, et en utilisant des pierres de taille pour les voûtes de la crypte ; en effet, les maçonneries de l’ancienne construction, plus fragiles, étaient faites de moellons de petite taille.
La (nouvelle) construction était déjà bien haute quand un second incendie s’empara de la cité, mais la nouvelle église fut épargnée ».

En 2000, une prospection géophysique du sol de l’église, suivie d’un bref sondage archéologique, a permis de localiser les vestiges de l’ancienne façade romane entre le troisième et le quatrième rang de piliers de la nef gothique.

 

La cathédrale gothique (XIIIe – XVIe siècle)

C’est une cathédrale romane en bon état qui venait d’être restaurée et embellie par ses prédécesseurs Humbaud (1087-1114), et surtout par Hugues de Noyers (1183-1206), que Guillaume de Seignelay, nommé sur le siège d’Auxerre en 1207, décide de faire abattre.

Comme le dit la chronique des Gesta, ce jeune prélat, issu des milieux culturels et politiques d’Ile-de-France et du domaine royal, est profondément séduit par cet art nouveau, dit alors « français », avant que la Renaissance ne le surnomme avec mépris « gothique », c’est-à-dire « barbare ».

Après que Sens, métropole d’Auxerre (siège archi-épiscopal) ait élevé dès 1140-1160 la première cathédrale entièrement gothique jamais bâtie, les années 1165-1170 ont vu l’irruption des chœurs gothiques de Vézelay et de Pontigny tout proches :

« Donc, lorsque l’évêque vit que sa cathédrale, dont l’architecture était ancienne et peu ordonnée, souffrait (…) de vétusté, tandis qu’aux alentours d’autres cathédrales dressaient leur chef d’une merveilleuse beauté, il décida de faire construire une nouvelle église et de la faire décorer avec le plus grand art par des spécialistes de l’architecture ».

La rapidité des travaux d’élévation du chœur (vers 1215-1230) s’explique en partie par les sommes importantes que l’évêque Guillaume affecte au chantier sur ses revenus particuliers (un don de 700 livres et un versement annuel jusqu’à sa mort). Les finances du chapitre, les produits des quêtes, probablement accompagnées de présentation de reliques et des dons assurent l’avancée du projet ; ainsi, achevé vers 1230, le chœur peut assurer sa fonction liturgique, alors que le chantier se poursuit pendant des décennies et des siècles sur le reste de l’édifice.

 

 

Gesta pontificum Autissiodorensium
Gestes ou « chroniques » des évêques d’Auxerre

(commencés au IXet complétés jusqu’au XVIe siècle)

Conservé depuis la Révolution à la Bibliothèque municipale d’Auxerre, le manuscrit des « Gesta pontificum autissiodorensium », ou « Geste des évêques d’Auxerre » constitue un document exceptionnel pour l’histoire de la ville et du diocèse.
Il s’agit en effet d’une chronique des actes (« gestes ») des évêques rédigée entre le IXe et le XVIe siècles par des chanoines du chapitre cathédral. Chaque évêque fait l’objet d’une notice rappelant ses origines familiales et géographiques, sa carrière ecclésiastique, son accession au siège auxerrois, et ses principales actions à la tête de l’Église d’Auxerre.  Le premier volume publié en version bilingue (latin-français) sous la direction du Professeur Michel Sot (Paris X Nanterre) est paru aux éditions Les Belles Lettres en 2002. Le second volume devrait être disponible courant 2008.