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Les évêques et le chapitre

Le diocèse d’Auxerre, de sa fondation à sa fusion avec celui de Sens, a compté 102 évêques dont 27 ont été considérés comme saints par la tradition.

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Les stalles des chanoines dans le choeur

Jusqu’à la Révolution, les chanoines du chapitre cathédral assurent la prière de l’Eglise, s’occupent des travaux de l’édifice et gèrent le diocèse avec l’évêque.

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Un évêque, clef de voute, déambulatoire sud, XIIIe siècle

Quelques figures d’évêques

  • Saint Pèlerin (fin du IIIe siècle)

Une tradition fort ancienne fit de Peregrinus (Pèlerin), un prêtre romain envoyé en mission en Gaule par le pape Sixte II, le fondateur du siège épiscopal auxerrois et le bâtisseur de la première cathédrale.

Il aurait subi le martyre vers 305, sous le règne de Dioclétien, à Bouhy dans l’actuelle Nièvre.

Les historiens d’aujourd’hui s’accordent à voir en lui non un évêque mais plutôt un missionnaire en milieu rural.

Le prestige lié au martyre explique certainement qu’au IXe siècle, les clercs d’Auxerre en aient fait le premier évêque du lieu.

L’iconographie représente saint Pèlerin convertissant les païens, renversant les idoles, ou bien fondant la première cathédrale d’Auxerre. L’idolâtrie diabolique étant représentée traditionnellement par un serpent, saint Pèlerin passait autrefois pour guérir des morsures du reptile.

  • Saint Germain (418-448)

Saint Germain (Germanus) est sans conteste la plus célèbre personnalité historique de l’Eglise locale. Chargé de hautes fonctions administratives dans l’Empire romain, ce juriste issu d’une noble famille auxerroise se convertit après une vie de fastes et de luxe, et succède sur le siège épiscopal à saint Amatre (Amator) qui lui avait conféré la prêtrise.

Fondateur du premier monastère d’Auxerre, bâti sur la rive droite de l’Yonne (Saint-Cosme-et Saint-Damien, devenu ensuite Saint-Marien), Germain se rend par deux fois en Bretagne (Angleterre actuelle) pour conter l’hérésie pélagienne qui divise les communautés chrétiennes au sujet de la double nature divine et humaine du Christ, et repousser les envahisseurs pictes et saxons lors d’une célèbre bataille dite « de l’Alléluia ». C’est en effet en lançant cette acclamation que Germain mit en fuite les redoutables barbares.

C’est en passant à Nanterre, près de Lutèce (Paris), qu’il consacre à Dieu la jeune bergère Geneviève, future sainte patronne de la capitale. Soucieux du sort de son troupeau et véritable défensor civitatis (défenseur de son peuple), il assume alors les fonctions tant politiques que religieuses en un temps où se délitent les cadres de l’Empire romain finissant. Germain se rend à Arles auprès du préfet des Gaules pour obtenir l’allègement des impôts pesant sur sa cité, puis à Ravenne, en Italie, où réside la cour impériale, afin d’implorer la clémence du jeune empereur Valentinien et de sa mère Galla Placidia au nom des Armoricains (Bretons) qui s’étaient révoltés contre Rome et sa fiscalité. C’est là qu’il décède, probablement en 448.

Embaumé, le corps de Germain est ramené à Auxerre, accompagné selon la tradition par un groupe de saintes femmes (saintes Camille, Pallaye, Porcaire, Magnance et Maxence), et inhumé dans l’oratoire privé de sa villa ; c’est sur cet emplacement que fut ensuite élevée la célèbre abbaye bénédictine Saint-Germain d’Auxerre qui entretint jusqu’à la Révolution le culte de ce grand saint de la Gaule. Sa réputation devait être grande de son vivant puisque peu de temps après sa disparition, vers 480, un clerc de l’Eglise de Lyon, Constance, écrivit une Vie de saint Germain évêque d’Auxerre qui servit de base aux nombreux développements historico-légendaires ensuite diffusés. A Paris, la paroisse du Louvre est dite « Saint-Germain l’Auxerrois » pour éviter toute confusion avec saint Germain évêque de Paris au VIe siècle, saint patron de l’église Saint-Germain-des-Prés.

 

  • Saint Aunaire (vers 572-603)

Saint Aunaire (Aunacharius) est élevé à la cour du roi de Bourgogne Gontran avant de devenir clerc à Saint-Martin-de-Tours. Grand législateur de l’Eglise, Aunaire est l’auteur d’un célèbre Règlement liturgique qui fixe les prières et cérémonies assurées à tour de rôle par les monastères et les paroisses à la cathédrale, « église-mère » du diocèse.

Ce document précieux pour l’histoire de l’Eglise des Gaules du haut Moyen Age permet de bien connaître l’état des fondations religieuses et des églises rurales de l’auxerrois à la fin du VIe siècle.

Aunaire est aussi l’organisateur d’un synode diocésain dont les articles portant sur les rites et les pratiques ainsi que sur la discipline ecclésiastique constituent un témoignage de premier ordre sur la vie religieuse d’alors.

Extraits du synode réuni par saint Aunaire :
Les principaux canons (règlements) portent sur les devoirs religieux du peuple et du clergé.

Canons 3 et 4 – Les pratiques superstitieuses  

« Il n’est pas permis… de faire des vœux dans les fourrés, ni au pied des arbres sacrés, ni près des sources (1)… Et qu’on ne se permette aucunement de fabriquer des objets sculptés, soit un pied, soit un bonhomme de bois (2)« .
« Il n’est pas permis de faire appel aux sortilèges ou aux augures, ni d’avoir recours aux magiciens… Mais, tout ce que l’on veut faire, qu’on le fasse au nom du Seigneur. »


Canons 6 et 7 – Le rôle central du siège épiscopal  

« Qu’à la mi-carême, les prêtres aillent chercher le chrême (à la cathédrale) (3). »
« Qu’à la mi-mai, tous les prêtres viennent à la cité pour le synode. »


Canon 12 – Les morts  

« Il n’est pas permis de donner l’Hostie aux morts, ni de les embrasser, et non plus d’envelopper les corps… avec les nappes d’autel. »


Canon 16 – Sanctification du dimanche  

« Il n’est pas permis, le dimanche, d’atteler les bœufs, ni d’exécuter d’autres travaux. »


Canons 29, 30 et 31 – Le mariage  

« Il n’est pas permis d’épouser sa belle-mère. »
« Il n’est pas permis de prendre en mariage la veuve de son frère. »
« Il n’est pas permis de prendre en mariage sa cousine… »


Canon 40 – La discipline ecclésiastique 

« Il n’est pas permis à un prêtre de chanter ou de danser dans un banquet. »


Canon 45 – les sanctions  

« Si quelqu’un néglige ces règles… qu’il soit pendant un an écarté de la communauté …des Chrétiens. »


« Les canons des conciles mérovingiens, VIe-VIIe siècles, T. II, Coll. Sources Chrétiennes, Le Cerf, Paris 1989, pp. 486-505

(1) Pratiques jugées superstitieuses.

(2) Allusion aux « ex-voto » anatomiques déposés dans les sanctuaires ou dans les sources guérisseuses à l’époque gallo-romaine.

(3) Saint Chrême, huile consacrée par l’évêque le Jeudi Saint et utilisée pour l’onction des baptisés, des confirmants et des clercs ordonnés (prêtrise-épiscopat). Le tombeau de saint Aunaire, enterré dans l’abbaye Saint-Germain, était réputé source de miracles de guérison.

  • Guillaume de Seignelay – évêque d’Auxerre (1207-1220)

Parent éloigné de saint Bernard, familier des Cisterciens, Guillaume est un jeune et brillant intellectuel, proche des milieux parisiens du pouvoir et de la culture.

Fondateur des églises collégiales d’Appoigny et de Cosne-sur-Loire, ardent défenseur des droits de l’Eglise contre les appétits tant du roi que des comtes locaux, il est le grand reconstructeur de la cathédrale en style gothique (1215).

Il décède en 1223 à Paris dont il occupe le siège épiscopal depuis trois ans et se fit inhumer dans l’abbaye cistercienne de Pontigny, toute proche d’Auxerre.

 

 

  • Guy de Mello – évêque d’Auxerre (1247-1269)

Chanoine de Langres, puis doyen du chapitre d’Auxerre, Gui, fils du seigneur de Saint-Bris, devient évêque de Verdun avant d’être transféré sur le siège auxerrois en 1247.

Énergique défenseur des droits de l’Église et de l’évêque, il s’oppose fréquemment, y compris par les armes, aux prétentions territoriales de nombreux seigneurs locaux et du comte d’Auxerre, et renforce les forteresses épiscopales, en particulier celles de Régennes (Appoigny) et de Beaurepaire (Charbuy).

Familier du roi Louis IX (saint Louis), il assiste en sa compagnie à la reconnaissance des reliques de saint Edme à Pontigny en 1247 et le reçoit quelques années plus tard à Régennes.

Dès 1265, Gui de Mello participe activement aux guerres italiennes menées, avec l’appui de Rome, contre les ambitions de Frédéric II, empereur germanique, et devient légat du pape Urbain IV ; le Saint-Siège lui propose ensuite le siège archiépiscopal de Lyon, qu’il refuse. À sa mort, en 1269, il est inhumé dans le chœur de la cathédrale.

On lui doit, entre autres réalisations, la construction du superbe bâtiment synodal du palais épiscopal d’Auxerre, qui constitue encore de nos jours le joyau architectural de ce qui est devenu depuis la préfecture de l’Yonne.

 

 

  • Les deux François de Dinteville – Deux évêques d’Auxerre

François Ier de Dinteville (1513-1530) et son neveu François II (1530-1154), chargé d’ambassade à Rome pour François Ier, furent de fins lettrés et de grands mécènes.

Ils marquèrent la cathédrale de leurs réalisations novatrices, premières manifestations du style Renaissance dans le diocèse : second étage de la tour Nord (vers 1525) et grande rose du transept Nord (1528) pour le premier, portail de l’évêché, dernier niveau de la tour nord et grandes roses sud et ouest (vers 1550) pour le second.

 

  • Jacques Amyot – évêque d’Auxerre (1591-1593)

Grand humaniste, traducteur de Plutarque, précepteur des Enfants de France, les futurs Charles IX et Henri III, Jacques Amyot fut surtout le restaurateur d’une cathédrale profondément meurtrie par le sac protestant de 1567-1568.

On lui doit, entre autres, la restauration des verrières médiévales et des grandes roses, ainsi que les stalles actuelles du chœur des chanoines (vers 1573).

 

  • Gabriel Charles de Caylus (1705-1754)

Gabriel Charles de Caylus fut « exilé » à Auxerre par Louis XIV pour cause de jansénisme, dont il se fit le champion en France.

Accueillant tous les prêtres du pays poursuivis à ce titre, il fit de son diocèse la dernière forteresse de ce mouvement rigoriste qui divisa profondément l’Eglise et le royaume au XVIIIe siècle.