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Mobilier

Sept siècles d’héritage

 

Depuis le XIIIe siècle, les différentes campagnes de décoration de la cathédrale ont apporté la marque de leur époque ; malgré les vicissitudes de l’histoire et les réaménagements successifs, l’édifice conserve aujourd’hui un riche patrimoine mobilier.

 

 

 

  • Le chœur

Les grilles de clôture

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Le choeur

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, le jubé en pierre érigé par Monseigneur de Dinteville en 1523 marque l’entrée du chœur. Réparé sommairement après le sac protestant, il est abattu lors de la modernisation du chœur au milieu du XVIIIe siècle. La nouvelle clôture miss en place en 1746 est composée en son centre d’une monumentale porte à double battant en fer forgé, ce chef d’œuvre de Michel-Ange Slodzt, « sculpteur et dessinateur ordinaire à la chambre du roi » est encore en place.
Jusqu’à la Révolution s’élevaient de part et d’autre de cette grille deux murs contre lesquels s’adossaient deux autels de marbre rouge surmontés chacun d’un retable à tableau central dû au pinceau de Jean Restout et aujourd’hui conservés dans des chapelles des bas-côtés de la nef. Ces murs latéraux furent remplacés en 1840 par une suite de grilles simples.

 

 

Les stalles

stalles-mobilier-importDétruites par les Protestants en 1567, les stalles médiévales furent remplacées vers 1573 sous l’épiscopat de Monseigneur Amyot, restaurateur de la cathédrale. Abimées lors de leur démontage pendant la Révolution, elles furent rétablies en 1795. Il en subsiste aujourd’hui 99. La plupart disposent de miséricordes historiées finement sculptées qui se répartissent, en l’état actuel, entre quatre grands « cycles » : l’Evangile, avec une iconographie liée aux évènements de la vie du Christ, et les Actes des Apôtres, avec des scènes des vies de saint Pierre et saint Paul, saints patrons de l’Eglise, et de saint Etienne « protomartyr » (premier martyr de l’histoire de l’Eglise), saint patron du chapitre et de la cathédrale d’Auxerre. Jadis, les stalles hautes étaient réservées aux chanoines ayant reçu les Ordres majeurs (sous-diaconat, diaconat et prêtrise), les autres chanoines, les chapelains et commis musiciens occupant les stalles basses.

 

 

Les autels

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Consacrés en 1772, les autels du sanctuaire furent commandés en 1767 par le chapitre au sculpteur Louis-Claude Vassé. Grand prix de Rome à 19 ans, il était le fils d’Antoine Vassé, élève du grand Puget.
L’autel majeur, dit pontifical car exclusivement utilisé par l’évêque, est en marbre bleu et blanc d’Italie ; il est placé sous l’invocation de saint Etienne. Derrière lui, l’autel des Féries (réservé aux messes ordinaires de la semaine) est sous l’invocation de saint Pèlerin ; parfois dit « de la comtesse  » car, selon la tradition, Mathilde, comtesse d’Auxerre y aurait fondé un office anniversaire au XIIe siècle, cet autel est orné d’un retable de marbre sur lequel figure en bas-relief la lapidation de saint Etienne, lequel retable est surmonté d’une statue du même saint agonisant.

 

 

Les bustes d’évêques

Deux bustes funéraires d’évêques ornent les gros piliers d’entrée du sanctuaire :
Au Nord (à gauche), en rochet (surplis à manches serrées) et camail, Monseigneur Amyot prie, les deux mains jointes. Il porte au cou l’insigne de l’Ordre du Saint-Esprit. Ce monument fut installé en 1609 par son neveu, chanoine à Paris. L’inscription latine rend hommage au grand humaniste qui fut précepteur des futurs Charles IX et Henri III : « Passant, tu as sous les yeux les traits vénérables d’Amyot, Il fut la lumière et l’appui de sa patrie qu’il honora de ses vertus, ses conseils, ses écrits et son éloquence Nouveau phœnix des rois chrétiens Charles et Henri ».

Au Sud (à droite), se situe le buste de Monseigneur Nicolas Colbert, réalisé en 1713 (ou 1723 ?) à la demande de son neveu.

 

 

Le grand aigle-lutrin

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L’ancien aigle-lutrin disposé au centre du chœur des chanoines de la cathédrale ayant disparu à la Révolution fut remplacé par celui qui provenait de l’église de Cravant au Sud d’Auxerre. En cuivre, il date du début du XVIe siècle.
Ce type de lutrin était jadis installé au centre du chœur des chanoines ; il était destiné à supporter les grands livres de chant des offices quotidiens : en effet, les chantres, chanoines chargés de lancer le chant et de donner le ton à la communauté installée dans les stalles, s’avançaient pour se placer devant le pupitre où était posé l’antiphonaire dont les portées et les notes, de grande taille, devaient pouvoir être vues à distance. L’aigle tourne sur un axe, de façon à orienter la lecture et le chant en fonction de la liturgie. Des bras articulés en métal supportaient jadis des chandelles à leur extrémité, afin d’assurer l’éclairage des partitions de chant.

 

 

La tapisserie du chœur

C’est une pièce auxerroise exceptionnelle que conserve aujourd’hui le Musée National du Moyen Age à Paris ( » Musée de Cluny »). Commandée vers 1500 par Jean Baillet, évêque d’Auxerre (1477-1513) qui l’offrit à son chapitre, cette tenture était installée sur le pourtour intérieur du chœur des chanoines lors des grandes fêtes liturgiques, en particulier le 26 décembre, jour du saint martyr. Aujourd’hui conservée en 12 panneaux totalisant une longueur de plus de 45 mètres, elle est consacrée à la vie de saint Etienne, Patron de la cathédrale. Probablement tissée dans la région de Bruxelles, cette tenture fut vendue à l’Hôpital d’Auxerre en 1777 par le chapitre qui venait de moderniser le chœur. Le Louvre s’en porta par la suite acquéreur. D’une exceptionnelle qualité narrative et stylistique, la tenture d’Auxerre est l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la tapisserie médiévale conservée en Europe.

 

  • La chapelle axiale

Notre-Dame des Vertus

La chapelle axiale, anciennement chapelle « Saint-Alexandre », prit son nom actuel quand les chanoines y transférèrent en 1783 le culte de la Vierge dont la statue était vénérée dans la chapelle du même nom située à l’extérieur de la cathédrale. Ils y placèrent la statue du XVIe siècle que l’on peut voir aujourd’hui.
Cette élégante œuvre anonyme, pleine de grâce, avait été enterrée derrière la cathédrale pendant la Révolution.
Sur la droite de la chapelle se trouvait le mausolée des comtes de Chastellux, détruit pendant la Révolution et reconstruit vers 1844 dans une chapelle du déambulatoire nord.

 

  • Le déambulatoire nord

La chapelle des Chastellux

Dans le déambulatoire nord, installés vers 1840 dans cette chapelle, le bas-relief et les inscriptions sur marbre perpétuent la mémoire de cette illustre famille seigneuriale du comté d’Auxerre qui s’illustra pendant la Guerre de Cent Ans. Cet ensemble remplace le mausolée de marbre blanc primitivement situé dans la chapelle axiale, et démoli en 1793.

En 1423, Claude de Beauvoir, maréchal et comte de Chastellux, reprend par les armes avec des troupes anglo-bourguignonnes, le bourg de Cravant qui était tombé aux mains des soldats français du jeune Charles VII. Or, Cravant était propriété du chapitre cathédrale d’Auxerre, qui en exerçait la seigneurie.

En récompense de ce fait d’arme, le chapitre offrit un canonicat (poste de chanoine) laïc à tous les aînés mâles de la lignée. Jusqu’en 1786, les Chastellux occupèrent symboliquement ce siège, par une entrée solennelle au chœur, en présence du chapitre réuni au complet ; botté et revêtu de l’habit militaire et du surplis ecclésiastique, ganté et coiffé d’un chapeau à plumes blanches, l’épée au baudrier et un faucon au poing, le nouveau chanoine s’avançait vers le chœur où il se découvrait et confiait le rapace à un domestique, pour prendre place dans sa stalle. S’il souhaitait communier, il devait se défaire de son arme.

 

Les Sibylles

Dans le déambulatoire nord, une importante suite de têtes sculptées orne les écoinçons de l’arcature qui décore le mur du déambulatoire ; La plupart ont été refaites, ou même créées lors de la restauration de l’édifice au XIXe siècle. Parmi elles, la tête de Sibylle, surmontée de l’inscription latine « Sibilla« , semble être d’origine (XIIIe). Célèbres prophétesses de l’Antiquité gréco-latine, elles passaient, aux yeux de grands théologiens chrétiens (Clément d’Alexandrie, saint Augustin…), pour avoir annoncé de façon voilée la venue du Christ.

La Sibylle d’Auxerre impressionna Maurice Barrès qui, dans son « Mystère en pleine lumière » (1926), écrivait : « Ô Sibylle, quelle leçon de te voir dans la cathédrale ! Méconnue, oui, par nous. Mais bel et bien reconnue et proclamée dans cette hiérarchie de toutes les vérités divines et humaines  »

Avant que l’orgue ne fût installé dans la chapelle Saint-Georges, on voyait sur les murs une suite de portraits en médaillons des sibylles peintes à la demande de François II de Dinteville, évêque d’Auxerre (XVIe).

 

 

  • Les transepts

 

La statue de Jeanne d’Arc

jeanne-import Dans le transept nord, la statue de pierre due au ciseau de Pierre Vigoureux représente Jeanne agenouillée en prière, les mains jointes. L’œuvre date de 1920, année de la canonisation de Jeanne par l’Eglise ; l’héroïne lorraine, qui, venant de Domrémy, passa à Auxerre en février 1429 pour se rendre à Chinon rencontrer le roi, est déjà représentée dans la cathédrale, au grand vitrail de la 1ère chapelle du bas-côté nord (1914).

 

Le singe et le pélican

Dans le transept nord, les culots supportant la retombée de la grande arcade sont décorés d’un singe (à gauche) et d’un pélican (à droite). Il ne s’agit pas d’un décor « fantaisiste », mais bien d’un registre symbolique. Dans la tradition issue des bestiaires gréco-latins réinterprétés à la lumière de la foi chrétienne, ces animaux sont chargés d’une valeur spécifique :

  • Le singe, qui chevauche ici un quadrupède, est l’image de la ruse, du vice et du péché
  • Le pélican de l’autre côté, en opposition, figure le Salut apporté aux Hommes par le Christ. Dans le répertoire grégorien, l’hymne latin »Pie Pelicane » rappelait que cet animal, dont on disait qu’il allait jusqu’à se déchirer lui-même les entrailles pour nourrir ses petits en cas de nécessité, était un symbole du Christ qui se donnait dans le sacrifice de l’Eucharistie (Communion).

 

Les péchés capitaux

Au revers de la façade du transept sud, quatre consoles sculptées en haut-relief du XIVe siècle illustrent quatre des sept « péchés capitaux  » De gauche à droite, se lisent :

  • la colère : elle s’exprime dans le visage courroucé d’un jeune homme (clerc ?)
  • l’envie : un jeune homme tente d’attirer à lui une jeune femme
  • la paresse : un jeune homme alangui se tient la tête de sa main droite
  • la luxure : une femme nue chevauche un bouc (animal réputé pour sa libido exacerbée) ; Les trois autres péchés (orgueil, avarice, goinfrerie) étaient-ils prévus sur le revers du transept nord, qui fut réalisé plus tard (XVe) avec un autre programme ?

 

 

Le mausolée de l’Abbé Viart

Dans le transept sud, primitivement placé dans la chapelle Saint-Georges (occupées depuis par les grandes orgues), ce modeste mausolée, de médiocre valeur artistique, représente en médaillon le portrait en profil de cette grande figure du clergé local que fut l’abbé Viart.

Ancien Grand Vicaire du dernier évêque d’Ancien Régime, Monseigneur Champion de Cicé, il fut inquiété pendant la Révolution, et arrêté à trois reprises.

Nommé premier curé de Saint-Etienne devenue simple église paroissiale sous Napoléon 1er, il resta fervent monarchiste, se heurta avec l’empereur qui séjourna à Auxerre en mars 1815, et accueillit avec joie la Restauration des Bourbons. Infatigable et énergique, il se dépensa au rétablissement du culte dans l’auxerrois et mourut du choléra lors de l’épidémie de 1832. Sous son portrait se lit l’épitaphe latine suivante :
« François Viart
Lequel, en des temps troublés, fut un défenseur courageux de la religion et, après cela, premier pasteur de cette église. Restaurateur du temple, père et gardien du troupeau
Il mourut le 10 juillet 1832
Qu’il repose en paix ».

 

  • Les chapelles du bas-côté nord

Le tombeau de saint Vigile

Il s’agit d’un grand sarcophage en pierre d’époque mérovingienne et de style dit « bourguigno-champenois » (cuve surbaissée, décor de fines stries), découvert au XIXe siècle à l’emplacement de l’ancienne église Notre-Dame-la-d’Hors (hors les murs), sur l’emplacement de l’actuel palais de Justice. Une inscription placée à la tête indiquait qu’il s’agissait du tombeau de Vigile, évêque d’Auxerre de 658 à 686.

 

L’Abbé Deschamps

Le stade et l’équipe de football d’Auxerre doivent leur nom à l’abbé Deschamps (+ 1949), curé de la cathédrale et fondateur en 1905 de l’Association de la Jeunesse Auxerroise (A.J.A.) à vocation sportive et culturelle. Il donna à son « patronage » les couleurs de la Vierge, le bleu et le blanc.

 

 

  • Les chapelles du bas-côté sud

Statue de saint Germain

Statue en bois du grand saint évêque d’Auxerre par le sculpteur auxerrois François Brochet (vers 1958). Elle jouxte une plaque d’ex-voto remerciant le saint de la protection qu’il accorda à la Ville qui fut en grande partie épargnée pendant les bombardements de 1944.

 

Grandes orgues

grand-orgue-importMentionnés au XVIe siècle, les deux premiers instruments connus n’étaient pas à l’emplacement de l’orgue actuel. Le premier fut installé en 1529 sous la première arcade gauche de la nef par Monseigneur de Dinteville ; les Protestants qui saccagèrent la cathédrale en 1567 en démontèrent les tuyaux de plomb. Le second , réalisé en 1591 sous l’épiscopat de Mgr Amyot, restaurateur de l’édifice, était placé dans le chœur, sous la première arcade de gauche. Mais il fut transféré en 1768 dans la chapelle Saint-Georges, où se trouve l’instrument actuel. Maintes fois réparé et complété, il fut vendu en 1900 à l’église de Toucy (Yonne). Le troisième, dû au facteur Annessens, fut posé en 1901 au même endroit. Il s’agissait d’un instrument pneumatique de 47 jeux. L’actuel grand orgue, prénommé « Gilles-Jean-Michel », est une réalisation contemporaine (1986) du facteur saintongeais Dominique Oberthür. De réputation internationale, il se fait particulièrement entendre lors de la saison estivale d’orgue (concerts des dimanches d’été).

Quelques données techniques :

  • 3649 tuyaux
  • claviers manuels (61 touches)
  • claviers pédales (32 touches
  • tirage des notes mécanique (accouplements)
  • tirage des registres électronique
  • système séquentiel incrémenteur de combinaisons.

 

Saint Martin

Haut-relief du XVIe siècle, jadis au-dessus de l’autel, et représentant saint Martin, officier de la cavalerie romaine, partageant son manteau avec un pauvre

En dessous, élégant bas-relief de style Renaissance relatant un épisode issu de la Légende Dorée : saint Martin sur son lit voit en songe le Christ lui apparaître.

Il est à rappeler que les reliques du grand « Apôtre des Gaules », conservées à Tour dont il fut l’évêque (IVe siècle) stationnèrent à l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre lorsque les chanoines de l’abbaye de Tours, fuyant les raids vikings, se réfugièrent d’abord à Chablis, où ils possédaient des terres, puis à Auxerre, vers 872-877. Depuis le XIVsiècle (1315) le chapitre d’Auxerre était lié à celui de Saint-Martin de Tours par un traité de « confraternité ».